Introduction
Le Château de Chantilly est l’un des joyaux du patrimoine français. Il est aussi l’œuvre d’un homme au destin exceptionnel : Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822-1897), cinquième fils de la reine Marie-Amélie et du roi Louis-Philippe, dernier roi des Français. En1830, le duc d’Aumale, alors âgé de huit ans, hérite du Domaine de Chantilly et de l’immense fortune de son parrain Louis-Henri-Joseph de Bourbon, dernier prince de Condé. Il devient ainsi l’un des plus grands propriétaires fonciers de France. Considéré comme le plus grand collectionneur de son temps, et entouré de conseillers avisés, il réunit une fabuleuse collection de livres précieux, de tableaux, de dessins et d’objets d’art, destinée à enrichir à jamais le domaine de Chantilly.
Le prince collecteur
Exilé à Twickenham après la Révolution de 1848, le duc d’Aumale commence à collectionner tableaux et dessins, parfois par lots entiers. Sa collection répond à une nécessité personnelle et politique : reconstituer les oeuvres dispersées de ses ancêtres, notamment les tableaux des Orléans vendus à la Révolution. En 1852, il acquiert la collection italienne de son beau-père, le prince de Salerne, comprenant notamment Carrache et Salvator Rosa. De 1853 à 1891, il constitue une collection exceptionnelle, réunissant des œuvres de Delaroche, Poussin, de Troy, Lancret, Ingres, Corot, et bien d’autres encore, tous exposés dans les Galeries de Peintures.


Passionné de bibliophilie, le duc enrichit les 800 manuscrits des Bourbon-Condé de plus de 600 volumes et de milliers de documents historiques. Sa bibliothèque personnelle comporte 17 000 imprimés rares et 30 000 ouvrages de travail. Dès 1848, il se dit « atteint de la bibliomanie » et acquiert en 1856 les Très Riches Heures du duc de Berry. Il entreprend alors la rédaction d’une monumentale historie des princes de Condé, mêlant travail d’historien et passion pour l’étude. Ces livres et manuscrits précieuses peuvent aujourd’hui être consultés dans le cabinet des livres.
De plus, le duc réunit près de 4 000 dessins, 5 000 estampes et 2 000 photographies anciennes, parmi lesquels figurent des chefs-d’œuvre de la Renaissance signés Raphaël, Michel-Ange, Dürer, Rubens, Clouet, Van Dyck et bien d’autres, faisant du musée Condé une institution de référence. L’un des points forts est La Joconde Nue par de Vinci, intégrée dans sa collection en 1862. L’orientalisme et les carnets de voyage de Delacroix et de Decamps complète sa collection d’oeuvres graphiques situé dans le cabinet d’arts graphiques.

Collectionneur mais partageur
À son retour en 1871, veuf et ayant perdu ses deux fils de 18 et 21 ans, il fait reconstruire le grand château qui avait été détruit en 1798 pendant la Révolution. Honoré Daumet transforme la demeure en véritable musée pour abriter ses collections. Il imagine également des espaces de réception prestigieux, comme la grande salle à manger inaugurée en 1880, pour accueil l’élite et partager sa passion pour l’art.


Le duc d’Aumale souhaitait avant tout faire connaître ses trésors. Ses réceptions et visites guidées étaient autant d’occasions de transmettre sa passion pour l’art et l’histoire. N’ayant pas de descendants directs, il légua le château et ses collections à l’Institut de France, dont il était membre, afin qu’ils soient conservés dans leur intégralité et ouverts au public :
« Voulant conserver à la France le Domaine de Chantilly dans son intégrité […] j’ai résolu d’en confier le dépôt à un corps illustre […] conservant son indépendance au milieu des fluctuations politiques. »
Le musée Condé ouvre ses portes au public en 1898, offrant aujourd’hui un voyage dans le temps à travers les collections réunies par le plus grand collectionneur du XIXe siècle.













